Des Dialogues pas si désaccordés

La rumeur qui courait la Toile depuis des semaines et donnait lieu à des échanges fiévreux sur les réseaux sociaux était donc vraie. Les éditions Blanche viennent de faire paraître les très attendus Dialogues désaccordés d'Alain Soral et Eric Naulleau. Très attendus parce que leurs auteurs sont incontestablement des figures connues et appréciées par ceux dont la télé réalité n'est pas le seul horizon culturel !
Il faut dire que, frappé d'ostracisme par les médias depuis plusieurs années, Alain Soral n'en a pas moins continué d'accroître son audience en créant lui-même ses propres canaux de diffusion : site d'information (Égalité et Réconciliation serait aujourd'hui le site politique le plus visité de France), webtélé (combien d'émissions de télévision "classiques" peuvent se vanter d'avoir l'audience des "vidéos du mois" ?), maison d'édition (Kontre-Kulture, à la fois éditeur prolifique et libraire en ligne).
De son côté, Éric Naulleau, journaliste, critique littéraire, éditeur, est bien connu du public pour avoir été, avec son compère Éric Zemmour, l'un des deux chroniqueurs du talk-show le plus populaire du petit écran, "On n'est pas couché" de l'insupportable Laurent Ruquier. Bref, ce "combat de Blancs dans un tunnel", sous-titre du livre, propose une affiche prometteuse avec le champion de la dissidence et des nouvelles formes de communication contre le champion d'une pensée plus conforme et de médias plus traditionnels, certes en perte de vitesse, mais toujours dominants.
À la différence de Comprendre l'Empire, étape clé dans la cristallisation d'une position politique originale autour des influences diverses (marxisme, maurrassisme, pérennialisme) reçues par son auteur, ces Dialogues désaccordés, n'apportent pas d'éléments nouveaux à la synthèse soralienne. De lecture aisée (il s'agit d'échanges de courriels entre Soral et Naulleau) et divertissante, on y retrouve l'intérêt d'une pensée qui se confronte à l'actualité et aux polémiques du moment. Une sorte de "vidéo du mois" dont le principe aurait été légèrement modifié et où le président d’Égalité et Réconciliation passerait du monologue percutant à l'interview. Il faut dire que Naulleau, qui n'est pas l'auteur d'une œuvre politique et ne dirige aucun mouvement, n'apparaît jamais comme un rival crédible de Soral mais plutôt comme un journaliste, certes talentueux quoiqu'un peu poseur et superficiel, qui fait son boulot habituel en interviewant une personnalité politique et un écrivain.
D'ailleurs, une question se pose rapidement au lecteur du livre : Naulleau est-il l'adversaire ou le sparring-partner de Soral ? De nombreux éléments plaident pour la seconde option. Par exemple, Naulleau fait semblant d'ignorer (alors qu'il montre par ailleurs qu'il connaît assez bien les goûts et dégoûts de Soral) le soutien passionné du président d'E&R à Hugo Chavez et lui demande ingénument ce qu'il en pense ! Ou encore, sur le "mariage pour tous", il prétend qu'il n'a jamais entendu d'argument valable contre le texte alors qu'il sait pertinemment que c'est l'inverse qui est vrai (à part agiter une discrimination imaginaire, jamais un partisan de la "loi" Taubira n'a donné un seul argument) puis, quand Soral se lance dans une longue tirade très convaincante sur le sujet, il lui fait la concession majeure de considérer ce pseudo-progrès sous l'angle de l'enfumage sociétal masquant l'absence de politique de la gauche... Développement suivi d'un éloge commun des analyses de Michéa ! Troublant ! D'autant que la dernière intervention de Naulleau dans le livre, en forme de long développement sur la situation internationale, est une validation presque intégrale des analyses de son interlocuteur, qui peut conclure en affirmant : "tu fais quasiment du Soral".
Nos lecteurs apprécieront aussi la référence amicale à l'Action française qu'Alain Soral reproche à Eric Naulleau, page 205, de ne pas fréquenter aussi souvent que lui ! Gageons qu'ils apprécieront plus généralement l'ouvrage lui-même. Un intérêt qu'ils pourront retrouver dans une Anthologie, qui rassemble d'autres entretiens accordés par Alain Soral entre 2003 et 2013, et qui vient de paraître chez Kontre-Kulture.

Stéphane BLANCHONNET

Article d'abord publié sur a-rebours.fr puis repris dans L'AF2000


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